|
L'usage
d'un détecteur de métaux réserve bien des plaisirs
et des surprises. Pour autant, ce loisir s'inscrit dans un cadre
législatif et réglementaire que tout prospecteur doit
connaître. Antoine BEGUIN se propose d'exposer les grandes
lignes des dispositions juridiques à savoir.
La
loi du 18 décembre 1989 qui régit l'usage d'un détecteur
de métaux complétée par un décret du
19 août 1991 énonce une exception : sont soumises à
l'octroi préalable d'une autorisation administrative les
prospections à l'effet de recherches de monuments et d'objets
pouvant intéresser l'art, l'histoire, la préhistoire
ou l'archéologie. A contrario, on peut donc en déduire
un principe essentiel : l'usage des détecteurs de métaux
est libre sur tout le territoire français.
L'usage
d'un détecteur n'est donc pas prohibé sur le territoire
public, sous réserve de réglementations locales particulières.
Certains préfets, comme certains maires sur le territoire
de leur commune, ont ainsi pris des arrêtés interdisant
toute utilisation d'un détecteur sur le territoire de leur
département. Renseignez-vous en cas de doute. Concernant
les propriétés privées, l'usage du détecteur
doit s'exercer dans le strict respect de la propriété
d'autrui. Ainsi, le propriétaire d'un fonds peut prospecter
son terrain. Et une personne voulant prospecter sur la propriété
privée d'autrui devra solliciter l'accord du propriétaire
préalablement à toute prospection, c'est une évidence.
Ce n'est pas parce qu'un champ labouré n'est pas clôturé
que vous pouvez vous y balader librement.
La
loi soumet l'usage d'un détecteur à but archéologique
à l'octroi d'une autorisation. Tout le problème est
là : qu'est-ce qu'un objet pouvant intéresser l'archéologie
ou l'une des matières visées par la loi ? Aucune définition
n'est proposée ni par la loi ni par le décret d'application.
Pour
l'heure, le juge pénal amené à appliquer la
loi de 1989 forge son opinion en tenant compte d'indices, de témoignages...
qui révèlent que le prospecteur était animé
d'un but archéologique et qu'il ne se livrait pas à
un inoffensif loisir. Si les faits démontrent le caractère
intéressé de la recherche, la condamnation peut tomber.
Cette preuve est difficile à rapporter même si le prospecteur
ne bénéficie pas toujours d'une véritable présomption
de bonne foi. L'infraction est passible d'une contravention de 5ème
classe assortie éventuellement de la confiscation du matériel.
Si vous êtes questionné par des agents de la force
publique ou simplement par des curieux, expliquez simplement la
législation en vigueur avec son but et ses incertitudes ;
il est d'ailleurs intéressant de conserver sur vous un exemplaire
de la loi de 1989 afin d'illustrer vos propos.
Nous
pensons que le patrimoine appartient à tout le monde, que
chacun doit pouvoir s'intéresser au passé sans être
brisé dans son désir d'apprendre. La majorité
des objets découverts est d'ailleurs sauvée d'une
destruction irrémédiable qui tend à s'accélérer
devant l'usage intensif des engrais et autres pesticides. Mais,
en même temps, le patrimoine mérite protection et il
est normal que les objets intéressants l'archéologie
soient réservés à ceux qui ont suivi une formation
adéquate afin d'éviter toute perte et détérioration.
Ainsi,
la loi du 18 décembre 1989 doit nécessairement être
interprétée d'une manière réaliste :
ceux qui souhaitent pratiquer un usage archéologique de leur
machine doivent se rapprocher d'une des multiples associations archéologiques
locales et solliciter une autorisation administrative pour prospecter.
Ceux qui ne pratiquent qu'un loisir visant avant tout à récupérer
des objets dépourvus de tout contexte archéologique,
ne doivent pas être inquiétés et ce, afin d'encourager
les déclarations de sites découverts fortuitement.
Une politique répressive contre les prospecteurs n'aurait
qu'un effet : décourager les déclarations de découvertes
fortuites d'objets et de sites intéressants l'archéologie.
Cette
obligation de déclaration résulte de l'article 14
de la loi du 27 septembre 1941 relative aux fouilles archéologiques
: toute personne (donc y compris le prospecteur) qui découvre
un bien ou un site pouvant intéresser l'art, l'histoire,
la préhistoire, l'archéologie ou la numismatique doit
en faire la déclaration dans les meilleurs délais
à la mairie du lieu de la découverte.
Il
est impératif d'effectuer cette déclaration en ménageant
une preuve, c'est à dire, d'envoyer la déclaration
par lettre recommandée avec accusé de réception,
ou même de se faire accompagner d'un huissier de justice,
s'il s'agit de vestiges exceptionnels. Précision importante
: l'obligation de déclaration ne concerne que l'objet pouvant
intéresser l'art, l'histoire, la préhistoire, la numismatique
ou l'archéologie. A défaut de définition légale,
on doit estimer que cet objet est celui qui par sa nature, sa composition,
sa forme, son ancienneté, son emplacement... est susceptible
d'apporter des précisions au regard des disciplines en question.
Cette appréciation personnelle doit s'opérer sans
mauvaise foi de la part du découvreur qui est le seul maître
de l'intérêt de l'objet et donc de la nécessité
d'une déclaration. Suite à la déclaration,
les services archéologiques contacteront le découvreur
afin d'examiner l'objet. Ils peuvent même l'emporter et le
conserver plusieurs mois le temps de l'expertise. Dans ce cas, il
faut, bien entendu, exiger un reçu. Vous devez faire ce sacrifice
afin de pouvoir disposer en toute légitimité de la
part qui vous revient. Si vous n'effectuez pas de déclaration
alors que l'objet présentait un intérêt archéologique,
vous êtes passible d'une amende pouvant aller jusqu'à'
1 500 F.
Suite
à la découverte d'un bien ayant un intérêt
historique, archéologique..., la poursuite des recherches
est à exclure. Sinon, on pourrait accuser le prospecteur
d'avoir délibérément poursuivi des recherches
alors qu'il savait que le site recelait des objets intéressants
les matières visées par la loi. Si la bonne foi du
prospecteur ne peut être mise en cause quant à la première
découverte, à condition qu'une déclaration
ait été réalisée en temps et en heure,
il n'en est pas de même pour les découvertes ultérieures
réalisées sur le même site.
Si
un prospecteur pense qu'un site peut se révéler intéressant
ou s'il souhaite poursuivre un but archéologique, il doit
déposer une demande de recherches auprès du préfet
de région avant d'entamer toute prospection. L'autorité
compétente examinera son expérience en la matière,
ses compétences, le but scientifique etc... Tout refus doit
être motivé. Cela signifie que le préfet est
tenu d'exposer de manière complète et précise
les raisons de fait et de droit pour lesquelles la décision
est prise. De plus, tout refus peut faire l'objet d'un recours gracieux
( devant la même autorité ), hiérarchique et
même contentieux (devant le tribunal administratif).
En cas de délivrance de l'autorisation, et sous réserve
de stipulations différentes, les biens découverts
sont régis selon le droit commun.
Une
fois passé le cap de la recherche, reste à déterminer
la nature juridique de l'objet découvert ainsi que son attribution.
- Le
bien peut répondre à la définition du trésor,
nous étudierons ce cas particulier plus loin. Si l'objet
ne rentre pas dans la définition du trésor, l'objet
peut avoir la qualification d'épave terrestre, c'est à
dire un objet perdu par son propriétaire. Celui qui appréhende
une épave (c'est le cas du prospecteur) est ipso facto dans
la situation d'un possesseur de mauvaise foi. Cette mauvaise foi
ne doit pas être confondue avec l'honnêteté,
elle signifie simplement que le possesseur n'a pas acquis l'objet
de son propriétaire. En conséquence, la revendication
du véritable propriétaire de l'objet contre le possesseur
de mauvaise foi demeure en théorie possible pendant 30 ans
à partir de la dépossession. Mais, le véritable
propriétaire, pour faire aboutir sa revendication, doit apporter
la preuve de son droit ce qui est éventuellement possible
pour les objets aisément identifiables (bagues avec nom...)
et reconnaissables mais impossible pour les choses de genre (pièces
de monnaie...).
En clair,
si vous trouvez des objets qui peuvent être identifiés
par des signes distinctifs, il faut les déclarer aux services
des objets trouvés (mairies, commissariats...). Vous n'êtes
pas en principe tenu de les laisser en dépôt mais,
si vous les conservez, vous devez les garder durant un temps minimum
afin de donner une chance au véritable propriétaire
de retrouver son bien. Passé un délai raisonnable
(vous n'êtes tenu d'attendre 30 ans qu'en théorie),
vous pouvez disposer de l'objet comme bon vous semble.
- Le
bien peut avoir été, non pas perdu, mais abandonné
(objets cassés et jetés par exemple). Cela concerne
en général des objets sans grande valeur. Dans ce
cas, celui qui le trouve en devient immédiatement propriétaire.
- Enfin,
il peut s'agir d'un trésor. Qu'est-ce qu'un trésor
? Dans un sens très précis, le trésor est un
bien meuble (ne peut donc constituer un trésor une grotte,
ou un objet incorporé dans un immeuble), quelle que soit
l'ancienneté de l'enfouissement, peu importe sa valeur pécuniaire,
peu importe aussi le sentiment qui a animé la volonté
de l'enfouisseur (qu'il l'ait caché pour le récupérer
ultérieurement ou pour soustraire ses biens aux héritiers...),
caché intentionnellement dans un meuble ou un immeuble, dont
le propriétaire est inconnu au jour de la découverte
et qui est mis à jour par hasard.
Quelques
précisions sur cette définition. Si le nom de la personne
qui a caché le trésor vient à être connu,
le " trésor " appartient en totalité aux
héritiers - s'ils existent - ; l'inventeur, (c'est à
dire le découvreur) ne peut prétendre à aucun
droit. En revanche, si le nom de l'enfouisseur est inconnu, l'inventeur
et le propriétaire du terrain doivent se partager équitablement
le trésor. En cas de découverte d'un trésor,
prenez immédiatement conseil auprès d'un avocat car
les litiges sont nombreux voire systématiques. La découverte
d'un trésor par un prospecteur est un moment exaltant qui
se termine rarement de manière idyllique. En effet, il est
fréquent de voir contester le caractère fortuit de
la découverte. Il convient d'être clair : seul importe
l'intention qui a animé le prospecteur. Si vous vous promenez
au hasard avec votre détecteur et que, au détour d'un
chemin, vous tombez sur un authentique trésor, vous avez
droit à la moitié du bien. A l'inverse, si vous recherchez
un trésor précis avec votre détecteur, vous
ne pouvez prétendre à aucun droit, la totalité
du bien trouvé appartenant au propriétaire du terrain.
De plus, si le bien recherché présente un intérêt
archéologique, vous commettez un délit sanctionné
par la loi de 1989.
Pour
résumer, vous ne pouvez jamais rechercher un objet pouvant
présenter un intérêt pour l'archéologie
sans avoir obtenu une autorisation administrative.
Si
vous trouvez, par hasard, un trésor, vous avez droit à
la moitié et vous devrez vous défendre pour récupérer
cette part.
Si
vous souhaitez rechercher un trésor - sans intérêt
archéologique - comme par exemple, un trésor familial,
il est nécessaire de passer un accord avec le propriétaire
du terrain. Cet accord doit être écrit et préalable.
Ce genre d'accord aménage en général une récompense
sous forme de pourcentage pour le prospecteur de l'ordre de 20 à
30%.
L'usage d'un détecteur nécessite
de bien connaître toutes ces règles essentielles. Il
en va de l'avenir de ce loisir.
Antoine BEGUIN
|